Olivier BARTOLETTI
 
Entre chien et loup
 
du 15 novembre
au 31 décembre 2011
 
nuit Résonance
jeudi 24 novembre
jusqu'à 23h
 
 
 
 
 
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POSER L’INSAISISSABLE
par Olivier KAEPPELIN
 
 
J’ai découvert, la première fois, l’œuvre d’Olivier Bartoletti grâce à Noël Dolla. Il s’agissait de tableaux remarquables qui dialoguaient avec une certaine peinture abstraite américaine, notamment, celle de Jonathan Lasker ou de Fabian Marcaccio. Du moins en apparence, car la peinture était posée sur du bois et cette surface était attaquée par des coups de gouge qui l’ôtaient, laissant en relief les traces de leur énergie. Le résultat en était un carré sculpté où ne restaient que d’infimes parcelles de matière peinte.

La peinture était mise en cause, au point de presque disparaître mais ce presque changeait tout car il ne s’agissait plus d’une mort mais d’une métamorphose d’un tableau en un "objet" indéfinissable, où ce qui était sculpté s’originait dans ce qui était peint, les deux se confondant.

Cet état des choses éclaire la position d’Olivier Bartoletti qui conçoit le monde, les formes, à partir de la peinture c'est-à-dire à partir d’une disposition conceptuelle et mentale l’éloignant du littéral, de "l’objet d’art". Il n’y a pas d’objets chez Olivier Bartoletti, il y a la peinture qui se change et devient une construction, par exemple. Cette construction souvent fragile peut s’accrocher à un point de l’espace mettant en cause la gravitation, se poser sur un mur ou un sol, nous obligeant à relire le monde grâce à son organisation colorée, transparente, rythmée. "Le tube de peinture" dit très directement l’auteur "a été remplacé par le tube coloré du coton-tige" quand on sait que ces tubes, souvent ramassés à terre, sont des restes "cueillis" lors de marches exploratrices ou archéologiques, nous comprenons que l’expérience de la peinture, chez Olivier Bartoletti, est partout. Elle l’est aujourd’hui avec les tubes de néon brisés qu’il utilise. Ils sont extraits de rebus mais pour réactiver la question de la circulation de la lumière dans l’espace grâce à l’imaginaire, la projection, par les visions qu’ils provoquent.

Olivier Bartoletti, par ses œuvres, propose de vivre ce processus de la vision et de ses virtualités. En permanence, il fabrique notre relation au monde, une relation intense parce qu’aventureuse, incertaine donc étonnamment vivante. En ce sens, il n’est pas hasardeux dans cette exposition de trouver une installation autour du portrait de Laura Betti par Pasolini intitulée "la Berlue" de belluer : éblouir, ou d’avoir la berlue : avoir des visions. Avec insistance et décision, Olivier Bartoletti nous invite à "la berlue". Chaque forme existe parce que nous y voyons une autre forme et une autre encore… Chaque forme entraîne avec elle les restes plus ou moins usés, plus ou moins calcinés d’éléments qui se réassemblent, se reconfigurent, grâce à l’acuité de la vision qui vient au secours des yeux aveugles.